Femmes d'histoire

Bertha Benz, une allemande intrépide a ouvert la route, mais son prénom n’est pas Mercedes.

 

Bertha Benz,

son nom me dit quelque chose…

 

Il est des femmes dont le nom de famille est devenu légendaire. Bertha Ringer, par son mariage, est devenue l’une d’entre elles. Téméraire, passionnée, scandaleuse même, elle a pris tous les risques pour que le projet de son mari devienne réalité. Et avec quel succès !!

 

Nous sommes le 3 mai 1849. Bertha naît dans une riche famille de menuisiers. La science progresse mais pas toujours dans un sens favorable à la gent féminine. Se basant sur les découvertes anatomiques, la loi interdit l’enseignement supérieur aux filles, considérant que la taille du cerveau et son plus faible poids par rapport à celui de l’homme, ne leur permet pas d’absorber et de traiter beaucoup d’informations. De plus, ces messieurs soupçonnent une interaction négative sur la procréation. Bertha ne fera donc pas de hautes études. Mais la gamine est une petite fille très éveillée. Elle adore questionner son père, qui, nourri aux idées progressistes des intellectuels de l’époque, répond sans détours aux intérêts techniques de l’enfant. Et lorsqu’il l’initie au fonctionnement de la locomotive, elle est au paradis.

Admise à l’âge de 9 ans dans une école pour filles de haute naissance, Bertha tombera un jour sur une bible familiale. Son père y avait noté, en regard de sa date de naissance, « Malheureusement, encore une fille ».

La légende raconte que le choc de cette citation sera à l’origine de la détermination de l’adolescente à prouver que les femmes sont aussi capables de grandes choses.

Même au niveau des « petites classes », l’école la passionne et ses domaines de prédilection sont les sciences. Elle terminera son cursus, félicitée par ses enseignantes.

Bertha a 20 ans et en âge de se marier. Les prétendants sont nombreux, riches, intellectuels, de bonne famille. Mais le destin de Bertha croisera celui d’un jeune ingénieur sans le sou, Karl Benz. Au cours d’une excursion en compagnie de sa mère, la jeune Allemande fait la connaissance d’un jeune passionné de nouvelles technologies et principalement de la voiture sans chevaux. Bertha est séduite. Elle fera sa vie avec lui et les arguments et les mises en grade de son père n’y feront rien.

Le jeune amoureux a décidé de créer sa propre société. Après des années à travailler comme designer, ingénieur ou dessinateur de plan pour divers patrons, il décide, en 1871 de se lancer dans l’aventure.


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Pour aider son fiancé, Bertha lui offrira, avant le mariage, une partie de sa fortune personnelle. Finaude, elle sait que la loi, une fois mariée, ne l’autorisera plus à investir et que sa dot sera mise sous la tutelle de son mari.

Le 20 juillet 1872, elle unira sa vie à Karl Benz, après l’avoir convaincu de se servir d’une partie de la dot pour développer la nouvelle entreprise. En effet, Karl s’est associé avec August Ritter pour développer ses projets d’automobiles sans chevaux. Les temps sont durs et Bertha devra réunir de nombreux arguments pour empêcher son mari de renoncer. Elle croit au produit mais sait aussi que Karl n’a aucun don pour les affaires. Les premiers brevets sont déposés. Aujourd’hui, Bertha détiendrait les droits sur ces brevets mais à l’époque, son statut de femme mariée lui a fait perdre tous ses droits.

Cinq enfants naîtront de cette union : Eugen, Richard, Clara, Thilde et Elen.

 

Téméraire et inspirée.

 

Karl est un homme timoré, introverti. Il aime créer mais ne s’intéresse pas au côté commercial. Tant mieux, parce que ses inventions n’intéressent pas grand monde ! La voiture à trois roues qu’il développe ne sort que pour des essais, pas toujours concluants, il est vrai. Lors d’une manifestation destinée à présenter les dernières inventions, la Teo (charrette à trois roues motorisée), difficile à manier, terminera dans un mur. Le 26 janvier 1886, un ultime brevet est déposé, faisant de Karl Benz, l’inventeur de l’automobile. Bertha jubile et espère le développement de la voiture en série. C’est sans compter sur Ritter qui, sous le couvert de peaufiner le véhicule, tente de s’attirer la propriété des inventions. Mais Bertha a le nez fin. Tous les avoirs de l’entreprise ont été engloutis dans les derniers tests mais Bertha a encore de la ressource. Grâce au reste de la dot et à l’association avec un photographe et son frère fromager, sous les conseils de son épouse, Karl renfloue la société et rachète les parts de Ritter. La nouvelle société prend le nom de Benz & Cie. A ce moment, deux voitures sont construites et Bertha est convaincue que seul un essai grandeur nature peut permettre la commercialisation de l’engin mais son mari s’y oppose, préférant l’étude approfondie du moteur et des essais privés pour estimer les capacités de l’engin.

Bertha ne veut pas d’une dispute qui risque de mettre à mal les fondements même de Benz & Cie.

Un petit matin d’août 1888, emmenant avec elle ses deux aînés, elle laisse un mot sur la table de la cuisine.

« Mon ami, je vais rendre visite à ma mère, j’emmène Eugen et Richard. Mais j’ai besoin de l’automobile pour parcourir le trajet. Dès que j’arrive, je vous enverrai un télégramme. Bertha. »

La véritable raison de ce périple est de prouver que la voiture est capable d’emmener plusieurs personnes dans un voyage et que la « Motorwagen » était enfin prête pour sa mise sur le marché.

Le trajet, de Mannheim à Pforzheim, long de 106 km à la base, ne sera pas un long fleuve tranquille. Il fera, avec les détours imprévus, 194 km !

Les routes sont plus proches des chemins forestiers que de véritables rues, des collines sont à gravir et Bertha est partie sans emporter de carburant. Mais la dame est ingénieuse.  Peu après le départ, le tuyau d’alimentation du carburant se bouche. Bertha doit démonter seule le conduit et avec une épingle de chapeau, débouchera le tube. Puis, ce sera le fil d’allumage qui se déchirera. Sa jarretière fera l’affaire. Mais le gros souci est de trouver du carburant. Et c’est une Bertha, à la robe tachée, qui se présentera à la pharmacie de Wiesloch. Les gamins ne sont guère plus frais. En effet, en panne d’essence depuis quelques kilomètres, ils s’étaient relayés au volant, aidant leur mère à pousser le véhicule.

Dix litres de ligoïne, de l’essence à détacher. Le pharmacien croit rêver. Certes la dame souhaite certainement rafraîchir sa robe mais dix litres de produit nettoyant pour textile, il ne doit pas avoir bien compris. Mais Bertha n’a pas l’intention de nettoyer quoi que ce soit et achète l’entièreté du stock. Contenant une grande quantité d’essence, la ligoïne fera office de carburant. Elle fera également deux détours, pour trouver un forgeron pour réparer la chaîne et un cordonnier, à qui elle confiera la tache de renforcer les freins en bois avec du cuir (et inventera comme ça les premières plaquettes !). De nombreux arrêts pour refroidir le moteur avec de l’eau seront aussi au programme. Enfin, les voilà arrivés au village maternel. L’épopée aura duré 12 heures à une moyenne de 15 km/h. Comme promis, elle envoie un télégramme à Karl. Mais toute la région est déjà au courant de l’exploit, pour certains, du scandale pour d’autres. Les habitants des villages traversés, apeurés de voir cette machine, ce monstre de fumée, ont crié au jugement dernier !! Certains se sont précipités dans les églises pour prier, d’autres, par contre, ont arrêté l’équipage pour faire un essai. La presse locale s’est emparée du phénomène et a relaté l’histoire. D’aucuns crient au scandale ! Pensez donc ma bonne dame, une femme seule, mariée, avec deux enfants au volant d’un monstre de fer et de bois… De nos jours, on parlerait de buzz et surtout d’une opération marketing savamment orchestrée.

Karl accélérera dès lors le processus, améliorera les déficiences remarquées par Bertha et acceptera de présenter la fameuse machine à Munich, lors d’un salon technologique. Et c’est un succès phénoménal. Un Français en sera le premier acquéreur. Les ventes suivront très vite. En un an, 40 voitures seront construites.

 

Et Mercedes ?? En 1926, Karl Benz s’est associé avec deux concurrents, Daimler et Mercedes. Ce dernier constructeur au curieux nom s’appelle en réalité Emil Jollinek. En 1902, Jollinek, alors plus grand concessionnaire français de la marque allemande Daimler, dépose officiellement le nom Mercedes, du nom de sa fille de 13 ans. Emil, en plus de vendre les voitures du constructeur germanique en construira plusieurs modèles et Paul Daimler dessinera en 1909 la fameuse étoile à trois branches qui orne toujours aujourd’hui nos Mercedes !

L’association prendra le nom de Mercedes Benz AG après la disparition de Daimler, englobé par le nouveau consortium.

 

Nommée Docteur Honoris Causa de l’Université technique de Karlsruhe à l’âge de 95 ans, Bertha tiendra sa revanche sur les diktats d’un siècle révolu qui considérait les femmes comme incapables d’intelligence.

Deux ans plus tard, Bertha fermera les yeux pour rêver à jamais des « Flèches d’argent », les premières voitures de sport signées Mercedes Benz qui dominent alors les Grands Prix et se préparent à entrer dans l’histoire de la Formule 1. Mais ceci est une autre histoire…

 


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