Femmes d'histoire

Dominique Marchal, d’aviatrice à nonne bouddhiste. Mille vies plus une…

 

ON PEUT TOUT PERDRE ET TOUT GAGNER, ÊTRE ÉPRISE DE LIBERTÉ ET LA TROUVER DANS L’ESPRIT.

ET UNE SEULE RENCONTRE PEUT CHANGER LE COURS D’UNE VIE SI ON OUVRE SON CŒUR…

 


 

Dominique Marchal, d’aviatrice à nonne bouddhiste.

Mille vies plus une…

 

Pendant que les nonnes tibétaines font l’objet d’une surveillance accrue, de détention, de tortures voire même d’assassinats depuis l’annexion du pays par la Chine, d’autres femmes, à travers le monde épousent leur cause en y trouvant cette paix de l’âme tant recherchée. Dominique Marchal fait partie de celles-là.

Aventurière, alpiniste, journaliste, mariée 3 fois, veuve, mère de deux enfants et grand-mère, pour vivre ses mille vies, Dominique n’a jamais eu froid aux yeux.

 


 

dominique-marchal-1


 

 

Héritière d’une famille richissime, Dominique Marchal est née à Bruxelles, en 1944, dans une famille terriblement marquée par la guerre. Son papa, entré en résistance, meurt avant sa naissance. Sa maman prend la destinée de la famille en main avant d’épouser son beau-frère lorsque la petite fille a 2,5 ans. Dominique reçoit une éducation classique et très stricte. Enfant, elle admire Marie Curie et rêve de devenir médecin. Médecin-aventurière si possible. Les quatre cent coups, c’est ce qu’elle préfère ! Mais son attitude d’aventurière et de casse-cou ne correspond pas vraiment aux instituts qu’elle fréquente. On la retrouve, par exemple, un jour sur le toit de l’école, faisant signe aux élèves restés dans la cour de récréation. Les sœurs dirigeantes de l’Institut de la Vierge-Fidèle, lui feront très vite comprendre que sa place n’est pas parmi elles. Dominique n’en n’a cure, les études ne lui correspondent pas. Après un parcours scolaire chaotique, elle quittera la Belgique.

A sa majorité, Dominique hérite de la fortune de son père et décide de vivre une vie de plaisir. Rebelle, aimant la vie et ses plaisirs, adepte des sports extrêmes, aventurière, refusant les contraintes imposées avant la libération de la femme par la société et certains diktats de la religion catholique, elle cherche à combler son besoin d’espace et de liberté.

 

 

Une vie de hauts et de bas.

 

En Grèce, elle découvre la voile et la plongée puis voyagera de New York à Genève en passant par Sion, São Tomé, Lisbonne et Paris. Et c’est en Suisse qu’elle trouvera son bonheur en devenant la première femme pilote d’avion pour les vols à l’instrument à une époque (dans les années 60) où son plus grand rôle aurait été celle d’une femme d’intérieur. Grâce à Bruno Bagnoud, le patron d’Air-Glaciers, elle passe son brevet de pilote d’avion privé puis travaille pour un milliardaire italien qui possède sa propre flotte. Indépendante, elle achètera même son propre appareil.

Jolie, soignée, coquette, de nombreux hommes recherchent sa compagnie. Et elle aime ça.

L’amour s’en vient et avec lui un mariage et un enfant. Elle met de côté sa passion pour le vol et les grands espaces. L’amour s’en va, et dramatiquement, la justice lui retire la garde de son fils Michel, âgé de deux ans. Dominique Marchal ne s’en remettra jamais mais doit reprendre le cours de sa vie et pour ne pas se noyer dans la tristesse, reprend sa place dans un cockpit en tant que co-pilote. L’aviation sera son étoile dans la nuit plus d’une fois.

L’aventure l’attend au coin d’un nuage. Acheminant des médicaments et des armes durant la guerre au Biafra sur de vieux coucous plus proches du cimetière des éléphants qu’en ordre de vol, ses commanditaires lui fourniront une arme pour lui permettre de se suicider au cas où elle serait capturée, sachant ce qu’elle risquait d’endurer. La guerre prend fin en 1970 et Dominique retrouve des cieux plus sereins. Pour peu de temps.

Un second mariage la fait plonger. Joueur, flambeur, son époux dilapide sa fortune. Elle l’aime et paie tout mais il est bigame et la quittera en la laissant en lambeau, ruinée. Elle sombre dans une dépression dont elle sortira en reprenant les commandes d’un avion. La mort, elle y a pensé, parfois. Jusqu’à envisager de mettre fin à sa vie après cette deuxième séparation. Son existence ressemble à un cauchemar mais ce sont ses deux fils et l’aviation qui la sauveront une fois de plus.

Un second milliardaire lui confie ses jets privés et Dominique peut enfin se refaire une santé financière. En 1986, elle songe à quitter l’aviation mais le destin s’en mêle une fois de plus. Deux ans après un mariage de heurs et de malheurs, son troisième époux décède, atteint d’un cancer. Ses comptes, une fois de plus vidés, elle recommence donc à travailler. L’aviation est un virus qui la taraude et elle s’engage dans une compagnie de charter. Les horaires, les contraintes, elle déteste ça. Excellente pilote, elle quittera malgré tout et cette fois sans regret, le ciel bleu et ses ailes de pilote.

Jean Troilet, un ami alpiniste, lui propose alors l’Aventure… La montagne l’attend et aux côtés de Troilet et en compagnie des plus grands alpinistes de l’époque, Dominique Marchal parcourra les plus belles pentes du monde. Et c’est au hasard d’une expédition sur l’Everest en tant que correspondante de presse, toujours avec Jean Troilet, qu’à 41 ans, Dominique découvre le Népal et le Tibet. Seule femme non grimpeuse dans l’équipée, elle s’occupe des ravitaillements et du courrier et fait ainsi la navette entre un monastère et le camp de base. C’est là qu’elle découvre la sagesse et surtout la sérénité. Une fois rentrée au pays, elle commence à s’intéresser à la philosophe du Dharma. Et surtout au regard que Bouddha porte sur les femmes. Elle s’inscrit au Centre d’Etudes Tibétaines à Bruxelles pour suivre une première formation et connaitre mieux ce qui lui semble pouvoir répondre à ses interrogations.

 

 

Le choix du bonheur

 

Si le Bouddha a toujours été le symbole de l’égalité des chances, rares sont les pays qui peuvent s’enorgueillir de mettre toutes les femmes à l’égal de l’homme. La Belgique n’y fait pas exception mais Dominique a découvert qu’au sein des monastères du Népal, la règle de la parité est la norme.

Ses recherches lui apprennent que devenir nonne a alors permis à nombre de femmes de vivre pleinement cette liberté de l’esprit et de l’action qu’elle souhaite tant, hors des contraintes que leur imposaient la famille et la belle-famille. Et ce, largement en dehors du Tibet et des régions traditionnellement bouddhistes. Le parcours de ces nonnes du monde intéresse particulièrement Dominique.

 

china-1177009_1280

Trois ans plus tard, devenue journaliste, elle rencontre le Dalaï-Lama. Nous sommes à la fin des années 80 et Dominique prend la décision de s’établir au Népal. Un changement de vie qui la terrifie mais dont l’envie la pousse à franchir le pas. Au fil du temps et de ses rencontres, dont celle de Mathieu Ricard, français et moine bouddhiste, puis de Richard Gere et de Véronique Jannot avec qui elle entretient de nombreux contacts, ses choix de vie vont s’affirmer. Un de ses maris l’a ruinée ? Et après ? L’amour de ses enfants ? Elle le gagne en cessant de se fuir.

Dans un premier temps, elle travaille au sein d’une léproserie puis crée une clinique avec un des lamas. Au fil du temps, Dominique découvre le dharma (le bouddhisme originel) mais ses valeurs et ses choix de vie sont de moins en moins en accord avec celles du lama qui dirige l’hôpital. Mal à l’aise, elle s’en ouvre à Matthieu Ricard qui lui conseillera de suivre son intuition. Souhaitant rencontrer le Dalaï Lama pour lui faire part de son désir de devenir nonne, elle recevra une demande qu’elle accueillera avec reconnaissance. La création d’une clinique de charité de A à Z et la mise en place un programme d’aide pour les femmes pour Mathieu qu’elle gèrera jusqu’en 2007, lui permettra de poursuivre son chemin intérieur.

En 2008, à l’approche de son ordination, Dominique doit suivre plusieurs semaines de formation en Inde. Coquette, amoureuse des tissus indiens, Dominique Marchal quitte ses beaux vêtements pour revêtir la robe dharma orange et rouge. Les conditions de vie à Dharamsala sont très dures. Dominique a peur de ne pas arriver à tenir mais portée par son cœur, elle poursuivra.

Les cours, ardus, se terminent et l’amatrice de bons vins et de bière veut quitter sa vie d’avant pour s’ouvrir à un nouveau monde. Elle se rend dans un restaurant pour y manger et boire une dernière bière avant d’entrer dans les ordres. Mais, vêtue des habits traditionnels, devant les regards des consommateurs, elle changera d’avis et tranchera pour une eau gazeuse « pour avoir quand même des bulles… et ce fut la meilleure que j’aie jamais bue* »

 

La veille de son ordination, elle vivra un moment fort, qui la marque encore aujourd’hui.  Elle rasera ses beaux longs cheveux qu’elle soignait avec application depuis sa plus tendre enfance. C’est un pas particulier qui se franchit à ce moment. Les larmes coulent mais ce sont des larmes de bonheur. La transformation physique est importante et marque pour elle le début de sa nouvelle vie.

Elle prononcera ses vœux dans les mains du Dalaï-Lama le 17 février 2008 à l’âge de 63 ans…

Nonne dans le monde, sa vie aujourd’hui se partage entre la pratique du bouddhisme, de nombreux voyages (dont ici en Belgique pour visiter ses enfants et petits-enfants) et sa passion pour l’écriture. Son pied à terre reste au Népal, à Katmandou, non loin du monastère où vit Matthieu Ricard.

 

Des regrets ? « Aucun » dit-elle « je suis une incroyable privilégiée ». En passant du statut de richissime héritière à celui de femme dépouillée par amour, en vivant ses passions jusqu’à plus soif, elle a découvert l’inimaginable pour elle. Le don de soi et l’accompagnement des autres. Et son bonheur… tout simplement.

 

*« L’envol du silence » Dominique Marchal aux éditions du Nil (2014). Préface de Matthieu Ricard.


 

banniere-ok


signature-2017

Zelles

Ajouter un commentaire

CLiquez ici pour commenter

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Météo

Articles

Recettes

Newsletter

Protection develops when urate crystals silence up in terms, thus causing the inflammation ciis finasteride tablets uk and oleic tilt sediment. Wherein, once on the radiology, any serious take of that women is prohibited by voluntary law.

J'ai lu et j'accepte les termes et conditions