Femmes d'histoire

Maria de Villota, un destin brisé

 

En course automobile et particulièrement en Formule 1, même si la sécurité des pilotes est devenue le principal souci de tous, la mort rôde toujours dans les paddocks. Et chacun sait que si la faucheuse aime la vitesse et la course, elle peut frapper n’importe où et surtout n’importe quand sur un circuit. Pourtant, ce n’est pas là qu’elle rattrapera Maria…

 

2012 Spanish Grand Prix - SaturdayCircuit de Catalunya, Barcelona, Spain12th May 2012World Copyright:Glenn Dunbar/LAT Photographicref: Digital Image IMG_9030
2012 Spanish Grand Prix – SaturdayCircuit de Catalunya, Barcelona, Spain12th May 2012World Copyright:Glenn Dunbar/LAT Photographicref: Digital Image IMG_9030

 

Chez les de Villota, le virus de la course automobile est né avec Emilio, le patriarche, qui a toujours préféré les chevaux vapeurs aux chevaux de corrida et les circuits aux arènes traditionnelles espagnoles. Le jeune Madrilène goûtera à toutes les disciplines automobiles qui s’offrent à lui jusqu’à la Formule 1 qui l’accueillera en son sein malgré des moyens financiers très limités. Ce ne sera pas une franche réussite mais le pilote trouvera de grandes satisfactions dans d’autres épreuves. Pilote de renom dans le championnat Aurora, Emilio décroche le titre en 1980.

 

Née le 13 janvier de la même année, Maria n’échappera pas à la passion paternelle. Avec Isabel, sa sœur ainée et Emilio Jr, le petit dernier, les enfants grandiront dans les paddocks. Depuis qu’elle est petite, Maria et son frère, Emilio Jr suivent leur papa sur tous les circuits du monde. Malgré les réticences de leur père, les enfants veulent marcher dans ses pas. Emilio arrivera à tenir Isabel loin des baquets mais n’y parviendra pas avec les deux plus jeunes. Et c’est Emilio Junior qui ouvrira le bal. Il rentrera un jour avec deux formulaires d’inscription pour devenir pilote d’essai, un pour lui et un pour Maria. Le cadet sera éliminé lors de la dernière épreuve mais, déterminée, Maria réussira et grimpera les échelons, l’un après l’autre. A 16 ans, elle débute en karting puis de petits championnats convaincront les deux jeunes de poursuivre leur passion, l’ainée se concentrant sur la communication aux cotés de leur père. Parallèlement, Maria suit un bac en Sciences de l’Activité Physique et du Sport. Et quand Emilio crée son propre team, c’est tout logiquement que les enfants prennent place dans l’organigramme.

Maria s’en donne à cœur joie. Elle sera la première femme à participer au championnat WTCC en 2006, la première aussi à participer à la Superleague Formula en 2009 et la première Espagnole aux 24 Heures de Daytona dans une Ferrari 360 Modena. Mais son rêve à elle, c’est de rouler un jour en Formule 1 et pour son père, son désir est difficile à accepter.

 

L’année 2001 sera le véritable départ d’une carrière qui démarrera par les championnats d’Espagne. Toujours dans le top 20, Maria apprend son métier avec obstination.

L’année 2011 sera l’année du bonheur.  Elle rencontre Rodriguo Garcia Millan. A la recherche d’un vélo pour ses entrainements, Maria se voit conseillée par un jeune homme qui semble bien s’y connaitre. L’alchimie nait et pour ceux qui y croient, c’est un coup de foudre réciproque. Les jeunes gens ont pas mal de points communs. Il a fait les mêmes études qu’elle et devient rapidement son préparateur physique et mental.

Côté professionnel, Lotus Renault lui permet de prendre place au volant d’une Renault R29 et de parcourir 300 km durant des tests privés de F1 sur le circuit Paul Ricard… Un certain Romain Grosjean effectue alors les mêmes essais en parallèle. Les résultats ? Personne ne les connaîtra jamais, l’écurie n’a jamais accepté de communiquer sur le sujet.

Ce qui est certain, c’est qu’en cette année où Maria contracte le virus de la F1, elle est la 6ème femme a entrer dans cette cour des grands ultra machiste. Et compte bien piloter en course et rentrer dans les points, objectif atteint par la seule Lella Lombardi en 1975 suite à un crash effroyable sur le circuit maudit de Montjuic.

 

C’est Marussia qui l’accueille en cette saison 2012… Pilote d’essai sera sa fonction au sein du team, mais l’équipe envisage très sérieusement un avenir sur piste pour la jeune pilote. Booth annonce même qu’elle roulera dans une F1 lorsque la saison sera bien entamée. Sa position de pilote d’essai fait largement jaser. Jusqu’ici, son palmarès est relativement maigre mais Maria n’en n’a cure. Elle a enfin un bolide à sa mesure et compte bien en profiter. Et si, jusqu’en été, le poste de pilote d’essai est plus honorifique qu’autre chose pour l’Espagnole, passionnée et déterminée, elle sait que son heure viendra.

 

Le mois de juillet alternera le jour et la nuit. Le 3, sur l’aérodrome de Duxford en Grande-Bretagne, Maria peut enfin prendre le volant de la F1 lors d’essais privés ; son rêve est au bout des pédales. Marussia y a organisé des essais aérodynamiques. Emilio est resté à Madrid avec sa femme, Isabel, pour la rassurer. La maman, comme toutes les mères du monde, tremble pour sa fille. Ce type d’essai ne comporte pas de dangers, assure Emilio. Isabel, l’aînée, chargée de communication auprès de sa sœur est sur place, aux côtés du préparateur Rodriguo Gracia Millan qui ne quitte pas d’une semelle la pilote dont il est éperdument amoureux.

 

C’est la fin du premier run, tout s’est passé relativement normalement. Elle a signalé aux ingénieurs que l’embrayage bloque lorsqu’elle braque les roues à fond mais l’exercice du jour porte sur la vitesse en ligne droite et si le team prend bien en compte les informations, elles devront être traitées plus tard.

Il est 9h30. Maria rentre aux stands à 45 km/h. Arrivée dans la voie intérieure, elle vire pour rentrer dans le garage et inexplicablement, le bolide s’emballe et percute à 65 km/h un des camions de l’écurie. Il n’est pas à sa place et malheureusement, le hayon de chargement est descendu. La voiture s’empale sur la plateforme. Le choc est extrêmement violent et le casque de Maria explose. Isabel, qui a assisté à l’accident, se précipite pensant que Maria n’a pas survécu. On la rassure, la pilote a bougé. Maria est évacuée « dans un état grave » vers l’hôpital. Les secours ont parfaitement réagi. Quelques secondes ont suffi aux pompiers pour être sur place et, s’il a fallu une heure pour l’extirper de son baquet, en quelques minutes, la jeune femme est transférée dans l’ambulance. Isabel averti la famille. Et tout le monde se rejoint sur place.

Les nouvelles ne sont pas bonnes. Maria est atteinte de plusieurs fractures au niveau du crâne et de lésions au visage. Les médecins de neurochirurgie d’Addenbrooke passeront dix-sept heures en salle d’opération pour soigner les blessures et tenter de sauver un œil touché. Sans succès… Maria perdra définitivement l’œil droit.

 

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Mais la vie est la plus forte. Le 4 juillet, Maria émerge. De durs moments seront encore à traverser. Choquée d’avoir perdu une partie de sa vision, la pilote a compris que désormais, sa passion appartient au passé. Mais la femme aussi est touchée.

« Qui m’aimera encore ainsi ? » se demande-t-elle. C’est sans compter sur Rodriguo…

La revalidation lui demandera beaucoup d’énergie. Atteinte de violents maux de tête et de vertiges, elle s’oblige malgré tout, et dès l’hôpital, à refaire son lit tous les matins. Sa volonté est sans commune mesure et lui permettra de franchir plus rapidement de nombreux paliers de la guérison. L’accident lui aura aussi fait perdre l’odorat et le goût, mais pas celui de vivre !

 

Un an plus tard, à Santander, non loin du phare qui compte tant pour les amoureux, Rodriguo fait sa demande. Observant le coucher de soleil, la jeune femme n’a pas vu son compagnon bouger et lorsqu’elle se retourne, elle le trouve un genou en terre, un anneau dans la main. Même si Maria savait qu’un jour, ils se marieraient, elle n’imaginait pas qu’il souhaiterait l’épouser si vite.

 

Quelques jours plus tard, les tourtereaux uniront leurs vies, à Santander, la ville de Rodriguo, entourés de douze de leurs proches. Un vrai mariage surprise, que Maria dévoilera pour les médias, simplement en envoyant un mini communiqué et une photo.

 

Volontaire, déterminée, la jeune femme ne baisse pas les armes. Féminine, elle ne renoncera pas à se mettre en valeur malgré les séquelles visibles de son accident. Un cache-œil, systématiquement assorti à ses vêtements, sera sa signature. Forte, elle s’acceptera en portant désormais des couleurs vives, prouvant sa joie de vivre et ira jusqu’à couper court ses cheveux pour mettre en valeur son visage.

Inconnue du grand public, connue comme la fille de…, Maria doit sa célébrité à son accident. Sa deuxième vie sera consacrée à ce qu’elle considère désormais comme sa mission : la reconnaissance des femmes pilotes de course en les soutenant publiquement et en collaborant plus activement encore avec la commission de la FIA « Femmes et sport automobile » où elle siège depuis 2012 puis en s’engageant contre les violences sexistes.

Elle travaillera aussi pour une association qui lui tient à cœur, dont le but est d’aider les enfants atteints de maladies neuromusculaires mitochondriales, mettant sa notoriété à leur service.

Sa vision tronquée ne sera plus qu’une nuisance et non un handicap.

 

Elle racontera sa soif de vivre et son combat à travers un livre « La vie est un cadeau » où elle clame que la vie vaut la peine d’être vécue quelles que soient les difficultés.

De son accident, elle dira qu’il lui a permis de se recentrer sur les choses importantes de la vie : la famille et les amis…

 

La mort a fait la course avec elle, a cru la posséder. La jeune pilote lui a glissé des doigts en juillet 2012, mais on n’échappe pas à son destin. Le 11 octobre 2013, trois mois après son mariage, la faucheuse l’emmène dans son sommeil, la frappant d’une hémorragie cérébrale suivie d’une crise cardiaque, en pleine nuit. Une suite de son accident.

Elle avait 33 ans.

 

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