Billets d'humeur Poésie

Je suis un migrant – Bulle de poésie

“Je m’appelle Ali, enfin je ne sais plus vraiment qui je suis et je suis encore un peu vivant.
J’ai perdu mon identité, je suis sans-papier, délesté de mon passeport et mes trésors, tout laissé dehors… D’Alep, je suis né, enfin je crois… 
J’ai tout laissé, pardonnez-moi, je suis ému, je suis dépouillé, un homme nu, tel un bébé qui vient de naître sauf que je n’ai pas assez vécu pour tout connaître.
Je suis devenu un homme à la rue, un être qui dérange, un quidam qui a fui sa terre, ses racines, ses anges… un homme dépourvu de rêves en partance et j’ai dans la tête mes deux petites voisines qui s’émerveillent de la lumière qui vient refleurir le jardin.
Je ne sais pas où je vais, mais je sais que je viens de loin… J’ai tellement marché que j’en ai des cloches aux pieds.
J’ai décanillé, je me suis faufilé sur des embarcations de fortune, j’ai rencontré des sourires, mais des larmes aussi, j’ai vu la mer se vider et être éclairé par un croissant de lune. 
Je n’ai plus de manteau, mes vêtements sont trempés, mes chaussures trouées, éventrées, mais qu’ai-je pu emporter ? Des bribes de mon passé… et tant de regrets. 
J’espère arriver quelque part, dans une terre d’accueil où je n’aurais plus à subir ce manque d’égards, ces regards noirs qui tuent et cette absence de bonté et de savoir.
Je m’évertue à y croire….
Il y a des nuits où j’ai envie de hurler, de taire mon désespoir, d’ouvrir les yeux sur un monde meilleur où la paix régnerait en maître, où je ne serais plus le sujet principal de l’actualité et des journaux télévisés.
Je ne suis pas né sur un trottoir, j’ai été bercé, dorloté, choyé et respecté par mes pairs, je n’ai commis aucun impair mais j’ai toujours combattu l’injustice et la guerre.
Je ne peux pas vivre au milieu des décombres, où l’on dénombre tellement de morts, là même où le monde retors s’endort…
J’exècre la poussière, le bruit des bombes, les hécatombes…
J’aurais aussi aimé devenir père pour transmettre mon savoir et ma faconde.
Mais je me désespère…
J’ai écarté des grillages, ai ciselé des fils barbelés que j’ai cru en crever. Des plaies à mes mains ensanglantées, l’on m’a soigné.
J’ai même eu droit à un repas frugal pour me sauver.
Je n’ai pas choisi cette voie-là et à tort, on me condamne, on me blâme, alors que les plus nantis et les beaux-parleurs, on les charme, et devant eux, on se pâme…
Je ne peux exprimer mon ressenti. Toute cette peine qui me tenaille, cette injustice qui m’assaille. Je veux pourtant continuer à tout prix à livrer la bataille, celle de la vie.
Je vous passe les détails.
J’ai vu des petites filles être emmenées, des garçonnets enlevés pour être embrigadés de force. Dans nos contrées, on ne recule devant aucun sacrifice ! Plus ils sont précoces, mieux on sait les manipuler… 
Des boucliers humains par milliers, sans parler des femmes, des esclaves, déshumanisées.
J’ai enjambé des cadavres, des lèvres cousues de sang, oui, je sais je dérange, je parle trop. 
Je ne sais pas où je vais mais je sais que je viens de loin…
Je n’ai pas besoin de grand chose, juste colorer le décor de rose et gommer mon chagrin.
Je n’ai rien demandé. 
Je suis né quelque part, je suis un migrant.
Je veux juste sauver ma peau.
Je ne demande pas à aller à la rencontre de l’infiniment grand.
Je veux être libre et voir un jour, je l’espère, l’océan…
Enfin bon… Si c’est possible.
Je ne suis pas un terroriste, ni un djihadiste. Juste un gars de trente ans…
Alors que mes paupières se ferment sur un lendemain en point d’interrogation, je me pose une seule et unique question : mais que sont devenues mes petites voisines qui cueillaient les fleurs du printemps ?”

D’après une splendide photo de Chérif Benabid, publiée avec son aimable autorisation.

https://www.facebook.com/Ch.Benabid.Photographies/

Zelles

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