Bien Etre

Les ruminations, un mal épuisant…

Ressassements, inquiétudes, contrariétés…

Les “ruminations mentales” apparaissent comme un nouveau mal contemporain, envahissant et épuisant.

S’il prend de multiples formes, ce processus s’accroche à une seule et même émotion : la peur.

Le langage populaire avait déjà pointé ce mécanisme. Il frappe tous ceux qui « se prennent la tête », « se font des films », « coupent les cheveux en quatre », « flippent » ou « voient midi à 14 heures ». Mais c’est un professeur de psychologie de l’université du Michigan, aux Etats-Unis, Susan Nolen-Hoeksema, qui l’a étudié scientifiquement. Ses travaux viennent d’être traduits en France.

 

image Gerd Altmann
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D’après une étude menée sur mille trois cents personnes choisies au hasard, elle a découvert que 63 % des jeunes adultes et 52 % des quadras peuvent être considérés comme des overthinkers. Quelle est donc cette hyperactivité mentale qui pousse à consommer alcool ou Prozac alors que ceux-ci ne peuvent guérir des stress du quotidien ? Pour la psychologue américaine, c’est une « manifestation d’hypersensibilité » qui entraîne « des torrents de préoccupations ».

Lorsque nous sommes frappés de rumination mentale, « nos pensées négatives gonflent, à l’exemple d’une pâte agrémentée de levure. Au début, elles se focalisent sur l’événement qui vient d’avoir lieu, puis, peu à peu, elles glissent vers d’autres situations du passé, du présent, brassant pêle-mêle nos doutes les plus intimes. »

Je pousse sur pause.

C’est cet aspect chaotique, en spirale, ce « retricotage d’idées » très agité qui caractérise la rumination mentale. Si, à terme, ce trouble peut mener à la dépression ou à l’angoisse chronique, il ne peut être réduit à de la tristesse ou à de l’anxiété : « Contrairement aux anxieux, les overthinkers ne sont pas dans le “Et si ?”, ils sont absolument convaincus que le pire est déjà arrivé », précise la psychologue. Rien à voir non plus avec le fait de réfléchir, comme certaines expressions le laissent entendre (ne dit-on pas des intellectuels qu’ils « se prennent la tête » ?).

« Penser, c’est être capable de différencier, de nommer et d’associer », rappelle Norbert Chatillon, psychanalyste. Or, la rumination empêche de distinguer ce qui a vraiment du sens pour soi. Au point de ne pouvoir discerner les vrais soucis – un proche gravement malade – des peccadilles – une réflexion de son partenaire amoureux. « C’est une pensée qui sort de son sillon, un débordement qui nous traverse et que l’on ne peut mettre en forme, alors que l’intelligence, elle, parvient à sérier », poursuit le psychanalyste. Lorsque Angèle et Claire “moulinent” dans leurs têtes, elles cherchent justement à penser, mais n’y arrivent pas. Pourquoi ? La réponse se situe probablement dans leur manière de vivre leurs émotions.

Ecouter l’émotion

Pour Catherine Aimelet-Périssol, psychothérapeute spécialiste du cerveau reptilien, donc de la vie émotionnelle, toute « prise de tête » est un signal : « Elle nous indique que nous sommes passés d’un état d’ouverture à un état de défense. » A la base, il y a toujours une menace (être abandonné, renvoyé, disqualifié…). La peur arrive ensuite. Cette « émotion-racine » déclenche une réaction de fuite. « Nous vivons alors une période de surchauffe cérébrale et d’agitation sensorielle : cinq cents idées à la seconde se bousculent dans notre tête, toutes visant à nous mobiliser pour trouver des solutions. »

Mais pour la plupart d’entre nous, ce mécanisme de mobilisation semble enrayé. « Au lieu d’être à l’écoute de notre peur pour identifier les besoins qu’elle exprime et agir – car une peur est toujours légitime –, on la subit et s’y enferme », regrette Catherine Aimelet-Périssol. Une forme de complaisance que la spécialiste qualifie de « retour de bâton » des années 1970 : « Nous avons fait la révolution pour pouvoir libérer nos émotions, mais en cassant le cadre, nous avons tout emporté avec : nos points de repère et nos valeurs. Que faire désormais de toutes ces émotions qui s’expriment ? C’est la grande question de notre époque. »

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Pour Norbert Chatillon aussi, la peur est le moteur principal de notre « petit vélo » mental (ou le hamster qui tourne dans sa roue) : « S’encombrer la tête a une fonction d’antidépresseur. Ce mécanisme nous permet paradoxalement de faire écran à nos angoisses existentielles les plus profondes en nous coupant de nos sensations. » A chacun sa méthode pour traverser ces périodes d’agitation mentale . En n’oubliant pas qu’elles peuvent être créatives. Car de ce maelström mental peuvent jaillir des intuitions et des prises de conscience décisives.

Une fragilité plus féminine ?

La psychologue américaine Susan Nolen-Hoeksema l’annonce dès la première page de son livre : les femmes ressassent plus que les hommes. Pourquoi ? Selon elle, cette tendance serait liée à l’éducation qui, très tôt, encourage les femmes à être à l’écoute des autres et à parler de leurs difficultés, quand les hommes sont plutôt incités
à réagir vite, de manière efficace, pour trouver des solutions.Pour d’autres psychologues américains (comptes rendus de l’Académie américaine des sciences, 23 juillet 2002), cette différence de comportement tient au fait que, heureux ou sombres, les événements liés à une émotion s’ancrent plus fortement dans le cerveau féminin. Pour preuve, leur capacité à se souvenir des dates importantes, comme l’anniversaire de leur mariage, quand les hommes, eux, oublient facilement ces détails…

Alors, inné ou acquis ? Les deux, affirme la psychanalyste Hélène Vecchiali (auteur d’”Ainsi soient-ils : sans de vrais hommes, point de vraies femmes…” Calmann-Lévy, 2005) : « Dès sa naissance, la fille se croit moins désirée et désirable, parce qu’elle ne suscite pas l’émerveillement dans le regard de sa mère, qui, étant du même sexe, se trouve en “territoire connu” face à elle. » Le ressassement des pensées serait un moyen développé inconsciemment pour fuir le mal-être généré par ce faux constat.

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A cette cause endogène, la psychanalyste ajoute un facteur sociétal : « Aujourd’hui, le “malaise dans la civilisation” touche surtout les femmes, qui se sentent tenues de briller sur tous les fronts : dans le couple, en tant que mère, au travail… D’où une plus grande exigence vis-à-vis d’elles-mêmes. » Accordant autant d’importance à tous leurs « devoirs », elles ont du mal à se « cloisonner », et s’activent dans un domaine… tout en cogitant sur leurs autres objectifs.

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image : Peggy und Marco Lachmann-Anke

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